dimanche, avril 30, 2006

Émission du 30 avril

Les textes:

La vie grise de Francis Lussier
Un matin comme les autres d'Olivier Lambert
La PdR de Sébastien Cloutier

Carte d'embarquement de Rino Morin-Rossignol

Jeudi dernier, j’écoutais d’un œil distrait la conférence de presse donnée par le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter McKay et la Secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice.

Je pense qu’ils parlaient de sécurité transfrontalière. Il suffit de passer aux douanes américaines dans les aéroports pour constater que cette sécurité est, en effet, l’objet de mille précautions.

***

Oui, Madame, depuis quelques années, aux douanes, ça s’est corsé. Faut enlever ses chaussures. Faut détacher sa ceinture. Puis, faut lever les bras! Là, généralement, on se met à sonner. On vient mal. On est rouge de honte, et on pense à faire une joke, mais on se l’interdit, au cas où le douanier marabout ne la trouverait pas drôle.

Finalement, on peut baisser les bras, remonter ses culottes, remettre ses souliers. On ressort sa carte d’embarquement et (bientôt) son passeport pour montrer qu’on est bien la même personne qu’il y a cinq minutes. Et on dit «thank you» sur un ton mielleux, pour prouver qu’on est un vrai Canadien, vu qu’on a la réputation d’être poli.

***

On finit éventuellement par arriver à son siège dans l’avion. On prend un grand respire de soulagement, car on est supposé être totalement en sécurité maintenant. Mine de rien, on jette un regard autour de soi et c’est à ce moment-là, généralement, qu’on aperçoit devant soi, en biais, un bonhomme à l’allure «exotique»… disons.

Et on éprouve un léger malaise. On ne sait pas pourquoi, on refuse de se l’avouer surtout, mais on se demande s’il a sonné, lui, quand il avait les bras en l’air et les culottes à terre. On se demande alors si on est sur le bon vol et dans le bon avion.

Bionvénouite à bourdé du lé vol houite houite nouf, lance la spacewaitress dans le micro.

Fiou! On est sur le bon vol d’Air Canada.

***

Pendant que j’écrivais tout ça, Peter et Condoleezza continuaient à pérorer. J’ai entendu le mot «Darfour», le mot «Afghanistan». Je les ai entendu dire qu’on est les meilleurs amis du monde.

Et là, j’ai eu un flashe éblouissant!

Flashe. Il est beau et célibataire. Elle est belle et célibataire. Il sait planter des patates, elle sait jouer du piano. Bingo! Ils tombent en amour.

I hear wedding bellllsss!!!

***

Et là, toute l’histoire des relations canado-américaines prend une tournure inattendue. Le mariage entre le ministre canadien et la ministre américaine, du jamais vu depuis Marc-Antoine et Cléopâtre, permet tous les possibles, autorise les rêves les plus fous, et surtout, permet de régler les problèmes transfrontaliers les plus coriaces.

On file tout droit vers un dénouement carrément féerique. On organise des grosses noces, avec ben de la dentelle, des bouquets de bébibrette partout, du gospel en masse, des rigodons du Cap-Breton, pis ben des patates! Même qu’au repas, les convives auront le choix entre des mash ou des fries, avec du gravy à volonté, comme au Bel-Air d’Edmundston.

Condoleezza, la coquine, apportera en dot un super trousseau, tout bien empilé dans un gros coffre fait en bois d’oeuvre canadien et plein de cartes d’embarquement pour tout le monde. Yéé. Fini les folies aux douanes des aéroports! On est tous de la même famille, maintenant.

Sauf, évidemment, le gars au look «exotique». Mais bon, faut faire avec, on a tous un beau-frère à moustache, pis ça veut pas dire qu’il est méchant.

***

Enfin, la noce commence! Condo lance son gros bouquet de souffle de bébé et d’oiseaux du paradis. C’est Marie-Jo Thériault qui le pogne! Vite, la Maligne le repitche à bout de bras! La gouverneure-générale Michaëlle Jean se garroche dessus, mais Sandra LeCouteur lui servant une solide mise en échec, l’envoie promener dans la bande et attrape le bouquet magané.

Là, Peter s’agenouille devant Condo et lui enlève sa jarretière. Me semble qu’il prend du temps, mais bon, sont mari et femme après tout. Il lance la jarretière. C’est la ruée des mâles. Je me garroche moi itou, j’ai rien à perdre! Yéé, c’est moi qui l’attrape! Pis je la garde pour moi. Depuis le temps que j’en voulais une pour matcher avec mon autre.

Rendu là, on est tous nu bas, les bras dans les airs, pis les culottes à terre. Ça sonne de partout. Le party lève!

***

Tiens, vlà Doublevé qui arrive enfin, avec son escorte: douze armoires à glace avec des lunettes à soleil pis des appareils auditifs. Doublevé se dirige vers Harper en train de signer un chèque de 1200$ aux nouveaux mariés, mais il aperçoit alors le gâteau de noce et se jette à plein visage dans le crémage en criant que c’est une arme de destruction massive de Saddam.

Dam Saddam, dam Saddam, ulule-t-il.

Peter, qui pratique son français, croit que Bush le félicite pour sa dame, la belle Condol. Peter rétorque «you bet mon pet!» en riant aux éclats.

Condo est vexée de passer pour un gros gâteau. Elle est en larmes. Elle ramasse un morceau de gâteau --- la portion recommandée par Santé Canada --- et, traversant la piste de danse en transe telle une Belinda en mal de leadership, elle pitche le morceau à ce pauvre Peter qui, découvrant encore une fois qu’il est dans les patates, se sauve dans la cuisine en faisant la lippe.

***

En moins de temps qu’il n’en faut pour crier «vive la mariée!», c’est la pagaille générale. Tandis que la chorale gospel entonne un «Alléluia» fracassant, Sandra, debout sur le piano, chante «Non je ne regrette rien» de Piaf, à tue-tête. Marie-Jo, debout sur la tête de Sandra, essaie de l’enterrer en chiac avec une toune de 1755, pendant que Jacobus et Maléco springnent d’un bord à l’autre de la salle en scandant «Cet anneau d’or» en rap!

Michaëlle, euphorique, la tiare tout croche sur la tête, asperge tout le monde avec du champagne en criant: I’m hot baby! I’m hot!, alors que le lieutenant-gouverneur Hermé, habillé comme un Chevalier de Colomb du 4e degré, filme, peint, photographie et écrit un poème, tout ça en même temps, tandis que sa femme essaie d’en faire une mise en scène inoubliable pour lancer l’Escaouette à Broadway. La culture avant tout.

***

C’est le bordel. Je lance des ployes aux douze armoires à glace de Doublevé qui, soudainement jaloux comme des amants éconduits, se jettent sur moi pour m’enlever ma jarretière, redevenue propriété américaine selon eux. Gang de menteurs!

Et tel Moncton devant l’assimilation, je résiste. Je grafigne partout partout.

Finalement, je brandis sous leurs yeux verts d’envie ma carte d’embarquement. À l’image de ma foi, elle est un peu fripée, mais bon, elle est encore valide.

Devant cette évidence, les douze molosses grafignés ramassent Doleezza and Double You par-dessus leurs épaules et font une bi-line vers la sortie d’urgence, juste comme Peter revient de la cuisine avec une grosse platée de patates râpées de la Nouvelle-Écosse.

Trop tard, la noce est finie. Zut.

***

Il nous reste plus qu’à baisser les bras, remonter nos culottes, remettre nos souliers, sortir notre passeport, brandir notre carte d’embarquement pour le vol houite houite nouf et rentrer bien poliment au Canada, là où règne la sécurité transfrontalière.

En attendant la prochaine conférence de presse canado-américaine qui nous fera encore rêver.

En musique:

Je n'oserais jamais de Nitrosonique
Bed and breakfast de Mononc'Serge
La faute à la pluie des Chiens
Moins de 18 degrés de Lucille
Valentine d'Ariane Moffatt
Merci bonsoir ! des Beautés Vulgaires
Acid Rain de High John
Y fait beau de Pépé et sa guitare

À dimanche prochain !

1 commentaire:

F a dit...

J'ai vraiment été touché par la toune d'Ariane Moffat. Le père de mes enfants s'ayant suicidé l,an dernier. À chaque fois que j'entends le mot. Ça remue mon ciel et taire.
Bref.
Mais somme toute apprécié chaque mots... innondé de dedans monbain full mousse vanille.
(mon bain étant le seul endroit tranquille sans mes enfants :P)

Bon soleil !